DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 03-06-2026 08:15
273 | 0

Mobutu, la Belgique et la réforme de l’ANC : une stratégie fondée sur la formation

Auteur : Jean-Jacques WONDO OMANYUNDU

Cette tribune est rédigée dans le cadre d’un projet d’ouvrage que je consacre à l’histoire des relations militaires entre la Belgique et la République démocratique du Congo depuis 1885.

Une réforme centrée sur la formation des élites militaires, initialement en Belgique et ailleurs

Le 14 janvier 1963, à la suite de la fin de la Sécession katangaise, les relations diplomatiques entre la Belgique et le Congo sont officiellement rétablies. Dans le prolongement de cette normalisation, le gouvernement congolais informe l’Organisation des Nations unies de sa volonté de recourir, en toute souveraineté, à une assistance technique militaire dans le cadre d’accords bilatéraux conclus avec plusieurs États partenaires.

Des demandes d’assistance sont alors adressées au Canada, à la Belgique, aux États-Unis d’Amérique, à Israël, à l’Italie et à la Norvège. Selon le général Mobutu Sese Seko, quatre pays répondent favorablement sans imposer de conditions jugées inacceptables par le Congo :

  • la Belgique fournit des officiers destinés aux états-majors, aux écoles militaires et à l’administration des forces terrestres ;
  • Israël prend en charge l’entraînement des unités parachutistes ;
  • l’Italie assure la formation et l’entraînement de la force aérienne ;
  • les États-Unis fournissent le matériel lourd nécessaire à la modernisation et au rééquipement des unités.

Mobutu précise alors :

« Reste la force navale, que la Norvège n’a pas voulu prendre en charge. Nous espérons que la Belgique, qui depuis 1960 en a formé les cadres, voudra bien continuer à s’en occuper. »

Cette coopération marque le début d’une vaste entreprise de réorganisation de l’Armée nationale congolaise (ANC), menée principalement avec l’appui de la Belgique, mais également d’Israël, de l’Italie et des États-Unis. Dès 1963, le programme prévoit la présence de 80 techniciens militaires belges au Congo. Mobutu sollicite rapidement l’envoi de 120 techniciens supplémentaires, tout en définissant clairement les limites de leur mission.

Dans sa conception de la réforme militaire, l’assistance étrangère ne devait pas se substituer au commandement congolais. Mobutu insistait sur le rôle essentiellement pédagogique des coopérants militaires :

« Il importe de définir clairement le rôle de l’assistance technique. Le technicien n’est pas appelé à se substituer au cadre congolais. Il est, avant tout, un instructeur. Certes, dans l’une ou l’autre fonction administrative ou d’état-major, un technicien peut momentanément remplacer un officier congolais. Mais l’effort principal doit être porté sur la formation des cadres, dans des écoles et centres d’instruction. »

La réforme de l’ANC s’articule dès lors principalement autour de la formation des soldats, des sous-officiers et surtout des futurs cadres militaires congolais.

La formation des officiers congolais par la Belgique

La formation des jeunes officiers congolais en Belgique, entamée dès 1960 — principalement à École royale militaire  (ERM) — entre alors dans une phase décisive. Le 17 juin 1963, l’« arrangement belgo-congolais d’assistance militaire » est signé entre Bruxelles et Léopoldville.

Dans ce cadre, le gouvernement congolais propose à la Belgique d’assurer notamment :

  • la direction du quartier général de l’ANC ;
  • la logistique militaire ;
  • la réorganisation de la base de l’ANC ;
  • la restructuration de la gendarmerie et de l’infanterie, y compris les écoles militaires toutes armes ;
  • l’entraînement des unités de gendarmerie et d’infanterie.

Les techniciens militaires belges agissent alors à la fois comme conseillers, instructeurs et officiers d’administration. Certains enseignent dans les écoles militaires, tandis que d’autres accompagnent les unités sur le terrain (Courrier hebdomadaire du CRISP 1964). Toutefois, conformément aux principes fixés par Mobutu, les coopérants instructeurs belges ne doivent pas exercer de fonctions de commandement au sein de l’ANC. (Brassart 2018 : 27)

En juillet 1963, environ 380 officiers congolais rentrent de formation en Belgique, tandis que 300 autres poursuivent encore leur instruction. Parallèlement, des instructeurs militaires belges arrivent au Congo avec du matériel et des armes nouvelles fournies par les États-Unis. Mobutu veille alors à constituer un corps d’officiers qu’il veut à la fois loyal, discipliné et correctement formé.

Une convention de coopération en personnel est signée en août 1963 entre le Congo et la Belgique. L’assistance technique militaire y occupe une place centrale. Bruxelles confie au colonel Guillaume Logiest, ancien haut représentant belge au Rwanda, la direction de l’assistance militaire à l’Armée congolaise (CAMAC), avec le titre de commandant et la fonction de conseiller du général Mobutu.

Cependant, malgré les ambitions affichées, la coopération connaît des limites. Les statuts des coopérants militaires restent mal définis et offrent peu de garanties. Dès lors, le recrutement peine à suivre les objectifs fixés. Fin 1963, seuls 39 officiers et sous-officiers belges sont effectivement présents sur les 200 initialement prévus. Leur mission demeure néanmoins essentielle : renforcer l’état-major de l’ANC, ses services administratifs et ses écoles militaires.

Arlon, 1960 : Le Capitaine Jean Omanyundu, père de l’auteur de cet article, en arrière plan avec des lunettes, en train de suivre un exercice militaire d’infanterie- Photo AFRIDESK

La stratégie de Mobutu de la réforme de l’ANC

Lors d’une intervention publique en Belgique en 1964, Mobutu expose clairement sa vision stratégique de la réforme de l’ANC :

« Tout était à faire : donner à nos officiers l’occasion de se perfectionner et former de nouveaux cadres. »

Il distingue alors deux priorités :

  1. mettre en place une formation accélérée afin de répondre aux besoins immédiats de l’armée ;
  2. poursuivre et amplifier la formation classique des futurs cadres militaires.

Mobutu rappelle à cette occasion les difficultés rencontrées dès novembre 1960 pour envoyer les premiers officiers congolais à l’École d’infanterie d’Arlon, dans un contexte politique particulièrement sensible. Selon lui, cette décision avait dû être imposée « presque devant le fait accompli », tant à Léopoldville qu’à Bruxelles.

Fidèle à l’esprit des troupes parachutistes belges dont il était issu, il résumait cette audace par une formule : « Qui ose gagne. »

À partir de cette reprise de la coopération militaire avec la Belgique, le Congo multiplie les formations à l’étranger. Mobutu dresse alors le bilan suivant[1] :

  • en Belgique : 823 stagiaires, dont 622 pour la force terrestre, 141 pour la force aérienne et 60 pour la force navale ;
  • en Israël : 235 stagiaires, dont 221 parachutistes ;
  • aux États-Unis : 10 élèves officiers ;
  • en Italie : 12 candidats pilotes.

Parallèlement à cette formation accélérée, le programme classique continue de se développer. En 1964, 83 Congolais étudient à l’École des Cadets de Laeken, tandis que 27 élèves officiers suivent leur formation à l’École Royale Militaire, dont plusieurs dans la section polytechnique. Deux autres élèves officiers doivent rejoindre l’Académie militaire de Sandhurst au Royaume-Uni.

Mobutu insiste toutefois sur un objectif fondamental : permettre au Congo d’assurer progressivement lui-même la formation de ses cadres militaires. Un projet de relance de l’École royale des Cadets de Luluabourg (Kananga) est alors envisagé avec l’appui du corps professoral de l’École des Cadets de Laeken.

L’expansion de l’assistance militaire belge au Congo

La coopération technique militaire belgo-congolaise prend véritablement son essor en 1964 avec l’organisation de formations directement au sein de l’armée congolaise. Cette année-là, près de 300 militaires belges *sont déployés* sur le territoire congolais dans le cadre de cette coopération.

L’assistance belge joue également un rôle déterminant dans la formation des futurs cadres de l’ANC en Belgique. En 1965, 74 Congolais fréquentent l’École des cadets et 27 autres poursuivent leurs études à l’École Royale Militaire (ERM) (Actualités Africaines 1965).

En parallèle, les interventions militaires belges au Congo ont permis à Mobutu d’accélérer le processus de réunification et de restructuration de l’armée. C’est le cas notamment en novembre 1964 à Stanleyville (Kisangani) occupée par les rebelles Simbas qui ont pris de plus de 1600 ressortissants étrangers en otage, dont 525 Belges. Le 24 novembre 1964, Stanleyville sera reprise au cours d’une opération combinée – aéroportée belgo-américaine – baptisée « Dragon rouge », menée après l’échec d’une tentative de négociation entreprise par le ministre belge des Affaires étrangères, Paul-Henri Spaak. Les détails de cette opération se trouvent dans mon ouvrage intitulé : L’essentiel de la sociologie politique militaire africaine[2], disponible sur Amazon.

Au lendemain de l’opération belgo-américaine menée à Stanleyville, les relations entre Léopoldville et Bruxelles se caractérisent par une forte dépendance politique. Fin 1964, il y a 349 militaires belges qui opéraient dans le cadre de l’assistance technique militaire belge (cerclectm.be Mai 2020), et où le programme de réapprovisionnement de l’ANC dépendait pour 100 millions de francs belges de l’apport belge (Gérard-Libois & Van Lierde 1966 : 291). Par arrêté royal du 27 avril 1965, le lieutenant-colonel du corps d’infanterie, Goossens J.L.G.E, est commissionné au grade de colonel pour la durée de sa mission, pour exercer les fonctions de chef d’état-major du commandant en chef de l’ANC.

Centre d’entrainement de Kitona (CEKI), 1969, Les recrues de l’ANC (Armée nationale congolaise) sous les ordres du feu Capitaine, Jean Omanyundu et d’un officier Belge / Photo AFRIDESK
La restructuration de l’ANC par le major Ghislain de Woelmont

Cette partie, développée dans mon ouvrage L’essentiel de la sociologie politique militaire africaine, est issue de mes entretiens avec l’intéressé et de documents d’archives exceptionnels qu’il avait généreusement mis à ma disposition.[3].

L’unification du Congo acquise à la suite des rébellions qui ont secoué le pays au lendemain de son indépendance, il restait à résoudre l’épineux problème de la réunification, de la modernisation et de l’organisation interne de son armée. Vers la fin 1964, le lieutenant-général Mobutu confie au major Ghislain de Woelmont, coopérant militaire belge attaché au ministère de la Défense nationale congolaise, la mission de restructurer l’armée congolaise et le ministère de la Défense, tout en les dotant d’importants moyens matériels. Le major de Woelmont était conseiller du commandant suprême de l’armée au sein du quartier général de l’ANC, plus précisément au bureau G3 chargé des opérations et de l’instruction.

La mission confiée à de Woelmont consistait à mettre en place le tout premier cabinet du ministère de la Défense nationale en janvier 1965 dont il mit en place son organisation en y occupant les fonctions de directeur général de la Direction Générale de l’Organisation et de l’Instruction (DGOI). Cette direction constituait le centre névralgique de la restructuration de l’armée. Elle était chargée de l’instruction, de l’organisation générale et de la mobilisation des troupes, ainsi que des opérations de l’ANC.

Le major de Woelmont crée cinq directions générales au sein du ministère de la Défense, à savoir : la Direction Générale du Personnel (DGPE) ; la Direction Générale de l’Organisation et de l’Instruction (DGOI), déjà existante et dont il assumait la fonction de directeur général ; la Direction Générale de la Logistique (DGLO), la Direction Générale du Budget (DGBU) et la Direction générale des renseignements militaires (Nkulufa 1970). Ces directions sont dirigées principalement par des jeunes officiers issus de l’Ecole royale militaire (de Woelmont 2013 : 3). Le major de Woelmont saisira cette opportunité pour doter l’armée congolaise d’écoles de formation, de centres d’entrainement et d’instruction adéquats (Nkulufa 1970) pilotés par la DGOI.

« Pendant mon congé statutaire du 27 août au 13 décembre 1965, eut lieu, le 24 novembre, le coup d’Etat qui porta le Général Mobutu à la présidence de la RDC, le président Mobutu se réservant, en plus, la fonction de ministre de la Défense Nationale. C’est à ce titre que, à peine étais-je revenu en RDC pour un second terme, il me chargea de mettre sur pied le Ministère de la Défense Nationale (MDN), à créer de toutes pièces car inexistant jusqu’ici. Je devais conseiller le Chef de Cabinet du MDN (le colonel Nkulufa) ainsi que son adjoint, officiers supérieurs totalement novices en la matière ; mettre sur pied les Directions Générales voulues et m’assurer de leur démarrage et de leur bon fonctionnement, au début du moins. J’ai démarré dès début janvier 1966 et j’ai mis sur pied, dans un premier temps, le Cabinet du MDN et quatre directions Générales, à savoir : la Direction Générale du Personnel (DGPE) ; la Direction Générale de l’Organisation et de l’Instruction (DGOI), déjà existante ; la Direction Générale de la Logistique (DGLO) et la Direction Générale du Budget (DGBU). Par la suite, je mis sur pied encore l’une ou l’autre Direction Générale, dont celle, plus délicate, du renseignement. Je reçus, dès sa création, et en plus des missions mentionnées ci-avant, la charge de diriger moi-même, à titre de Directeur général, la DGOI. Et j’assumais cette fonction tout au long de mes deuxième et troisième termes jusqu’à mon départ définitif le 06 mai 1970. J’ai pris, comme adjoints ANC, quelques officiers. Parmi eux, il y avait toujours au moins deux officiers issus de l’Ecole Royale Militaire de Bruxelles ayant, de ce fait, une formation de base, comme militaire et comme officier, meilleure que celles des autres officiers ANC plus anciens, tous issus, sans préparation, du cadre des sous-officiers de l’ex-Force Publique. Ces jeunes officiers, issus de l’ERM, suscitaient assez souvent la jalousie des autres officiers ANC plus anciens, ce qui, joint au tribalisme, rendait parfois leur situation quelque peu difficile » (de Woelmont 2013 : 3).

Réforme du cadre juridique et de la justice militaire

En 1964, la progression rapide de la rébellion à l’est du Congo avait mis en lumière les faiblesses de l’ANC. Il fallait doter l’armée congolaise d’importants moyens matériels et, parallèlement, la réorganiser, tel était le double objectif poursuivi. Un effort particulier est mis dans le domaine législatif et réglementaire. Les textes les plus importants à cet égard sont : le décret-loi portant statut des officiers et sous-officiers de l’ANC et le décret-loi portant règlement de discipline des officiers, sous-officiers, gradés et soldats de l’ANC. Décret-loi du 9 juin 1965 publié au Moniteur Congolais du 13 juin 1965.

Grâce à l’apport belge, la justice militaire est réorganisée par le décret-loi du 24 novembre 1964, l’ordonnance n° 102 du 28 novembre 1964 et le décret-loi du 18 décembre 1964 portant Code provisoire de la Justice militaire. Elle devient opérationnelle au milieu de 1965 sous l’autorité de l’auditeur militaire belge Vanhalewijn et six auditeurs militaires, tous belges, auxquels étaient adjoints dix-huit substituts congolais qui, tous, avaient suivi quatre années d’études en droit, à l’Ecole nationale de droit et d’administration (Gérard-Libois & Van Lierde 1966 : 243).

Le 4 juin 1965, la Cour militaire, présidée par le général Mobutu, était installée solennellement. Par ailleurs, six conseils de guerre fonctionnent pour toutes les infractions qui pourraient être commises par des militaires congolais ou étrangers. Tous ces six conseils de guerre sont constitués par des congolais exclusivement. Le siège est occupé par un substitut congolais. La justice militaire sera dotée d’un Code définitif sous l’ordonnance-loi n°72/060 du 25 septembre 1972 portant Code provisoire de justice militaire.

Les écoles militaires et centres d’instruction comme socle d’une armée professionnelle

Sous l’impulsion de l’assistance technique militaire belge, plusieurs écoles et centres de formations furent créés, ouverts ou réorganisés entre 1964 et 1966 (Wondo 2019 : 247) :

  • Le Centre d’entrainement Infanterie de Kitona (CEKI), créé en 1964, s’occupe de la formation des recrues, des chefs de peloton (adjudants), des moniteurs et aide-moniteurs d’éducation physique, etc.
  • Le Centre d’entraînement Commando de Kotakoli (CECDO), créé en 1965 dans la province de l’Equateur pour former les recrues et le cadre des bataillons commandos (Gérard-Libois, J. & Van Lierde, J. 1966 : 245). Ce centre a été créé par le capitaine belge Gaston Bebronne et une équipe d’instructeurs para-commandos. Ce camp militaire disposait de logements, de pistes d’entraînement (cordes et obstacles), de voies d’escalade et même d’un terrain d’atterrissage pour C-130. Selon le témoignage du lieutenant-colonel de Woelmont : « En 1964, le Général Mobutu, en visite à l’Armée Belge (au Centre de Marche-les-Dames), demande l’envoi en République du Congo d’un officier commando pour créer un centre ad hoc. Peu après, arriva, dans ce but, le Lieutenant Bebronne Gaston, commando, qui, après moultes péripéties, put, vers mi 1965, commencer, avec sa petite équipe, la construction progressive du Centre d’Entrainement Commando (CECdo) à Kota-Koli, en pleine brousse, loin de tout. Ce fut l’épopée digne de celles des premiers pionniers du Congo ».
  • L’Ecole de gradés de gendarmerie ouverte en février 1965 avait pour tâche d’assurer la formation complète de tous les gradés de gendarmerie.
  • Le Centre d’Instruction de Génie, à Sonankulu – Thysville (Mbanza-Ngungu).
  • L’Ecole des transports de Kinshasa fondée en 1960, devenue École des chauffeurs et des mécaniciens en 1966.
  • Le Centre de pilotage de Ndolo mis en place avec l’aide de quelques 160 militaires de l’escadrille de transport de la Force aérienne belge arrivés au Congo en 1964 et de dix officiers brevetés venus d’Italie le 22 décembre 194, a permis de constituer en 1965 le 1er groupement aérien de la première brigade aérienne de l’ANC (Gérard-Libois & Van Lierde 1966 : 248).
  • L’Ecole d’ordonnance de Kinshasa pour former les réparateurs d’armement et de munitions.
  • L’Ecole de justice militaire à Kamina.

Au mois d’août 1968 fut signé à Bruxelles un accord élargissant et améliorant l’assistance technique au Congo. L’« Assistance technique militaire belge (ATM) devient la « Coopération Technique Militaire » (CTM) et relève désormais de la Défense nationale. La Belgique envoie de nouveau à partir de 1969 un fort contingent de militaires au Congo pour mettre en œuvre deux nouvelles Ecoles :

  • le Centre supérieur militaire (CSM), à Kinshasa, pour former les techniciens d’état-major, est dirigé par le Colonel Hardenne, et
  • l’Ecole de formation des officiers (EFO), à Kananga (ex-Luluabourg), pour former les jeunes officiers subalternes accueille les premiers élèves-officiers en décembre.

L’ensemble de ces deux institutions de formation des cadres militaires forment le Groupement des écoles militaires (GESM) dont le commandement est installé à Kinshasa et est exercé au départ par un officier belge, le lieutenant-colonel  Hardenne (de Woelmont 2013 : 4).

  • En 1969, l’arrivée inopinée de blindés (AML) que personne ne semblait attendre força la DGOI à mettre sur pied, dans l’urgence et la confusion, un embryon de Centre d’Instruction des troupes Blindées, appelé CITBL, basé à Mbanza-Ngungu (ex-Thysville) ; le futur cadre instructeur dut être formé en France. Ce centre acquis une vitesse de croisière en 1970, sous la direction du Capitaine-Commandant Stassin. »

Conclusion

En gros, cette politique de formation de cadres, appuyée par la Belgique, a produit des résultats encourageants dont l’impact était particulièrement remarquable dans le domaine du rajeunissement des effectifs et dans celui de la modernisation de structures et du matériel (Tumba 1973). En 1971, 80 % des sous-officiers et officiers congolais ont bénéficié d’une formation belge, au Zaïre ou en Belgique (Brassart 2018 : 28). L’influence militaire belge au Congo était telle que Mobutu va calquer la structure de son armée sur le modèle de la Force Publique, avec deux types de troupes distincts, à savoir : les troupes « campées » et les troupes « mobiles » (Ndaywel 1997 : 601).

Au-delà de l’assistance technique, cette coopération traduit surtout une vision stratégique portée par Mobutu. Elle consistait à bâtir une armée nationale professionnelle, structurée et encadrée par des officiers congolais formés selon des standards modernes. Dans cette perspective, la formation apparaît non seulement comme un instrument de modernisation militaire et de sa professionnalisation, mais aussi comme un levier de stabilisation et de consolidation de l’État congolais au lendemain des crises de l’indépendance.


Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Texte relu par Guy Ngongo, ir diplômé de l’Ecole royale militaire

Références

[1] J.D. Mobutu (le Général), Problèmes actuels de l’Armée Nationale Congolaise, in Chronique de Politique étrangère, Vol XVII, 1964, pp.157-167.

[2] Jean-Jacques Wondo Omanyundu, L’essentiel de la sociologie politique militaire africaine, 2019. Disponible sur Amazon : https://www.amazon.com.be/-/en/Lessentiel-sociologie-politique-militaire-africaine/dp/1080881778?language=fr_BE.

[3] Jean-Jacques Wondo Omanyundu, L’essentiel de la sociologie politique militaire africaine, 2019. Disponible sur Amazon : https://www.amazon.com.be/-/en/Lessentiel-sociologie-politique-militaire-africaine/dp/1080881778?language=fr_BE.

0

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

This panel is hidden by default but revealed when the user activates the relevant trigger.

Dans la même thématique

DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 03 Juin 2026 19:53:03| 1963 3
RDC – CNC et cyberdéfense : de la confusion conceptuelle aux dérives opérationnelles
Introduction La mise en place du Conseil national de cyberdéfense (CNC) en République démocratique du Congo (RDC) répondait initialement à… Lire la suite
Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu
DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 03 Juin 2026 19:53:03| 757 0
INSTITUT ROYAL SUPÉRIEUR de DÉFENSE : Séminaire des 24 et 25 avril 2026
Thème régional 3 : Afrique subsaharienne Les 24 et 25 avril 2026, les Hautes études de sécurité et défense ont consacré leur huitième séminaire… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK
DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 03 Juin 2026 19:53:03| 852 0
La dronisation de la guerre est « le fait majeur tactique des dernières années », selon le commandant de l’École d’état-major
L’essor des drones sur les théâtres d’opérations militaires a radicalement transformé la manière de conduire la guerre. En Ukraine comme… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK
DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 03 Juin 2026 19:53:03| 903 0
Évènement (hybride) – 30 avril – L’émergence des Wazalendo au Nord-Kivu. Forces patriotiques ou boîte de Pandore ?
Dans le contexte de la crise à l’est de la République démocratique du Congo, le gouvernement a fait appel à… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK