POLITIQUE | 26-04-2023 09:45
1749 | 0

Zaïre – 24 avril 1990 : Et Mobutu pleura !

Auteur : José-Edouard Voto
Une chronique du professeur José-Edouard Voto

Le 24 avril 1990, le maréchal Mobutu convoque  la classe politique ainsi que la société civile zaïroise à la cité du parti à Nsele. Il est question de rendre publics les résultats des consultations populaires entamées dans le pays depuis plus de six mois et conduites par son homme de confiance, Mokolo wa Mpombo.

Le pays ne marche plus. Le maréchal fait face à une population fatiguée et dépitée par une classe politique qui s’est accaparée du maigre budget,  laissant le peuple dans la misère la plus noire.

Le Maréchal n’en peut plus. La pression est forte tant en interne qu’à l’extérieur. Le vent de la perestroïka qui a soufflé depuis l’Europe de l’Est ne laisse rien sur son passage. Déjà, le président roumain Ceausescu, un ami au Maréchal Mobutu, en a fait les frais.  Plusieurs pays africains commencent à emboîter les pas pour un changement profond du système de gestion de la chose publique.

C’est dans ce contexte que le Maréchal doit prendre  parole.  Il commence par reconnaître courageusement la situation chaotique que traverse le Zaïre. Ce qui l’a conduit à initier les consultations populaires. Il  annonce que la majorité des Zaïrois ont recommandé des profonds changements au sein du MPR. Mais que lui-même,  en tant que garant de la nation et face aux mutations qui bouleversent le monde, seul  devant sa conscience, il a décidé de tenter de nouveau,  l’expérience du pluralisme politique ».

Acclamation frénétique dans la salle. Personne ne s’attendait à ce que le Maréchal franchisse le rubicon ce jour-là.  La surprise est totale, tant pour l’opposition que pour les cadres du MPR. Les yeux sont rivés vers le Maréchal.

Et Mobutu d’ajouter : « j’ai parlé de bien de choses et de tout le monde,  sauf de moi-même. Que devient le chef dans tout cela ? Le chef de l’Etat est au-dessus des partis politiques.  Il sera l’arbitre« .

Tirant les conséquences de sa décision,  le maréchal annonce:  » A partir de ce jour,  je prends congé du Mouvement populaire de la révolution, pour lui permettre de se trouver un nouveau chef devant le conduire». Sur ces entrefaites,  le  léopard,  dans sa grande tenue de Maréchal, arrête brusquement son discours.  Panique dans la salle,  même chez les zaïrois qui suivent le discours à la télévision.  Ne pouvant continuer,  il tape de la paume de ses deux mains sur le pupitre. Un grand bruit traverse les micros.  On a peur que cet homme qui a toujours paru inébranlable, qui a déclaré n’être jamais tombé malade,  ne s’effondre.

Titubant  de geste, il ajoute d’une voix tremblante: « Comprenez mon émotion  »

Un silence assourdissant traverse la salle.  Qu’est ce qui va se passer ?

Un animateur politique courageux comprend que l’heure est grave et qu’il faille  sauver la situation.  Il se met spontanément debout et lance un slogan en l’honneur du Maréchal et la salle reprend en cœur:

«  Nous avons confiance en notre guide « 

« Qui est le guide? »

« Mobutu Sese Deko Kuku Ngbendu Waza Banga « 

« Le libérateur,  l »unificateur, le pacificateur, »

Le temps pour le Maréchal de relever ses lunettes et d’essuyer les larmes qui remplissaient ses yeux, avant de poursuivre et terminer  son discours.

Le soir même,  des costumes et des cravates sont sortis des placards pour remplacer l’Abacost. Mais nombreux sont ceux des zaïrois qui n’ont pas réalisé l’ampleur de ce qui venait de se passer.  Surtout ceux proches du pouvoir.  Le Zaïre venait de basculer dans une autre ère.  Celle du multipartisme,  du pluralisme syndical,  de la liberté de la presse,  etc. Ce qui aura des conséquences déterminantes pour le pays.


Le professeur José-Adolphe Voto est détenteur d’un doctorat en Sciences de l’information et de la communication et breveté des hautes études stratégiques et de défense de Kinshasa. Il est Directeur général adjoint de la RTNC. Journaliste de profession et réalisateur de films documentaires, il enseigne la communication à l’Ifasic/Kinshasa et à l’Université de Kisangani.
0

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

This panel is hidden by default but revealed when the user activates the relevant trigger.

Dans la même thématique

GÉOPOLITIQUE | 08 Fév 2026 15:23:33| 582 0
L’Afrique sera-t-elle la catastrophe du XXIe siècle ? », de Serge Menye
Serge Eric Menye, consultant, conférencier et essayiste expert de l’Afrique, a écrit cet essai dans l’intention de remettre en cause… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK
GÉOPOLITIQUE | 08 Fév 2026 15:23:33| 441 0
Les élections en Ouganda, observées de près en RDC
L’Ouganda vote pour les élections législatives et présidentielle. Des scrutins suivis avec attention surtout dans l’est de la RDC, où… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK
DROIT & JUSTICE | 08 Fév 2026 15:23:33| 1513 1
La chute de Christian Ndaywel : autopsie d’un pouvoir qui se dévore
Christian Ndaywel est en prison. À travers son parcours, ses crimes et son abandon par le pouvoir, se dessine l’anatomie… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK
DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 08 Fév 2026 15:23:33| 870 0
République démocratique du Congo. Atouts et faiblesses des Forces armées dans les opérations contre le M23 et ses soutiens
La chute de Goma, le 26 janvier 2025, a mis en lumière le conflit dans l’est de la République démocratique du… Lire la suite
Par La Rédaction de AFRIDESK