Confusion autour des circonstances de la mort de Willy Ngoma et d’une probable blessure de Makenga
Le porte-parole du M23/AFC, le lieutenant-colonel Willy Ngoma, placé sous sanctions de l’Union européenne et des États-Unis d’Amérique, a été tué le mardi 24 février 2026. Selon les premières informations qui ont circulé le mardi 24 février, il serait tué à la suite d’attaques intensives de drones d’un convoi militaire rebelle dans lequel il se trouvait attribuées aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Depuis le week-end précédent, ces dernières avaient sensiblement accru leurs raids aériens.
Cette opération intervient quelques jours seulement après que l’Angola a obtenu le principe d’un cessez-le-feu entre les parties belligérantes, censé entrer en vigueur le 18 février 2026.
Selon plusieurs sources crédibles, le chef militaire du M23/AFC, Sultani Makenga, aurait également été grièvement blessé. L’une de ces sources écarte toutefois l’hypothèse d’une attaque par drones et privilégie la thèse d’une opération commando ciblée, sans préciser s’il s’agirait d’une action menée par les FARDC et/ou les Wazalendos, ou d’un règlement de comptes interne. Cette dernière hypothèse interne n’est pas à exclure, d’autant que le mouvement rebelle serait actuellement traversé par des dissensions stratégiques et par la résurgence de rivalités anciennes, similaires à celles qui avaient conduit à sa scission en mars 2013, peu avant sa débâcle militaire. Il est également évoqué la possibilité d’infiltrations par Kinshasa, au regard de certains profils présents au sein de la rébellion, selon nos informations et nos analyses.
La source citée affirme cependant de manière catégorique que Willy Ngoma et Sultani Makenga ont été neutralisés dans une maison et non sur une ligne de front, ce qui tendrait à conforter cette version des faits.
S’agissant de Sultani Makenga, malgré les démentis des personnes proches du M23/AFC, notre source, présentée comme bien introduite au sein de la rébellion, soutient qu’il se trouverait dans un état critique, avec un pronostic vital engagé. Il aurait d’abord été transféré à Kigali. Toutefois, au regard de la gravité de ses blessures, les autorités rwandaises ont décidé de l’évacuer vers Nairobi afin qu’il y reçoive des soins plus appropriés.
Une chose semble certaine, ces événements constituent un choc psychologique majeur pour le mouvement rebelle et son allié rwandais, tout en suscitant une dynamique positive à Kinshasa, qui n’a pas encore communiqué officiellement à ce sujet ni sur les raids menés, de peur d’être indexée d’avoir violé le cessez-le-feu.
En effet, une source bien introduite au Rwanda indique qu’hier soir, une réunion de crise du directoire politique et militaire de l’AFC s’est tenue à Goma. Elle était animée par le général de brigade Bernard Byamungu et le colonel John Imani Nzenze, respectivement commandant adjoint chargé des opérations et du renseignement, et chef des renseignements militaires (T2) au sein du M23/AFC. Cette rencontre visait à faire le point sur la situation et à examiner les différentes options stratégiques à lever. Toutefois, la réunion s’est achevée sans conclusion claire et devrait se poursuivre ce mercredi 25 février 2026.
Le dialogue à faciliter par l’Angola mis en difficulté
Ces événements se déroulent alors que l’Angola a été désigné par l’Union africaine pour superviser et faciliter le dialogue politique intercongolais. Le président João Lourenço s’implique personnellement dans les préparatifs et les consultations en vue de sa tenue effective.
Pour le chef de l’État angolais, ce processus constitue un enjeu diplomatique majeur. Il s’inscrit dans un contexte où sa médiation antérieure dans la crise opposant la République démocratique du Congo au Rwanda, conduite durant sa présidence de l’Union africaine, n’a pas permis d’aboutir à des résultats concrets et durables sur le terrain. La réussite du dialogue intercongolais apparaît dès lors comme un test décisif pour la crédibilité régionale de l’Angola et pour l’image diplomatique de João Lourenço, qui cherche à consolider son rôle de médiateur incontournable dans les crises sécuritaires et politiques de la région des Grands Lacs.
Depuis le retrait du M23 de la ville d’Uvira, motivé par les menaces de sanctions américaines contre le Rwanda, et la réoccupation de cette ville stratégique par les FARDC, appuyées par les éléments paramilitaires de l’Américain Erik Prince, l’option militaire semble progressivement prendre le pas sur le dialogue facilité par l’Angola, dont le format ne semble pas satisfaire le président Félix Tshisekedi. Ce dernier mise sur le renforcement du partenariat militaire stratégique avec les États-Unis afin d’améliorer les capacités de défense des FARDC, privilégiant une approche combinant pression militaire et soutien international.
Usage de la stratégie aérienne par les FARDC pour compenser la faiblesse terrestre
Dans le cadre de sa coopération économique et sécuritaire avec les États-Unis, la République démocratique du Congo vise la récupération militaire de la mine de Rubaya, réputée pour ses importantes réserves de coltan et intégrée dans la liste des actifs stratégiques destinés aux investisseurs américains. Située dans la province du Nord-Kivu, cette mine demeure sous le contrôle du mouvement rebelle AFC/M23, ce qui confère à cette initiative une dimension sécuritaire sensible et souligne l’importance du contrôle militaire pour sécuriser les ressources stratégiques.
L’usage intensif des drones par les FARDC s’inscrit dans cette stratégie de reconquête. Il traduit également les difficultés rencontrées par les unités terrestres, qui ont subi de lourdes pertes sur les fronts allant de Goma à Uvira, limitant leur capacité de reconstitution à court terme. Dans ce contexte, l’option aérienne constitue l’un des axes stratégiques principaux pour affaiblir l’ennemi. Elle combine des attaques de drones et des raids aériens effectués avec les avions Sukhoï depuis Kisangani, base aérienne stratégique jouant un rôle central dans les opérations conduites dans l’est du pays.
Sur le terrain, malgré les actions de harcèlement des Wazalendos, les FARDC apparaissent moins performantes que le M23 et les forces rwandaises, jugées mieux entraînées et équipées. En revanche, Kinshasa cherche à compenser cette faiblesse terrestre par une maîtrise relative du ciel, grâce à l’acquisition de drones d’attaque à longue portée : les CH-4 Rainbow et Wing Loong II chinois, ainsi que les TAI Anka turcs.
Le CH-4 Rainbow, développé par la China Aerospace Science and Technology Corporation, est un drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) conçu pour des missions de surveillance et de frappes de précision. Les CH-4, capables d’emporter des bombes guidées et des missiles air-sol, ainsi que les Wing Loong II, disposent d’une autonomie pouvant atteindre 32 heures et d’une portée opérationnelle d’environ 250 km, permettant des frappes ciblées avec précision.
Selon des informations concordantes parvenues à Afridesk, les récents raids contre des positions rebelles et rwandaises dans le territoire de Masisi sont attribués aux drones chinois CH-4 Rainbow. Ces appareils sont pilotés par des techniciens algériens recrutés par la société militaire privée AGEMIRA, basée à Sofia en Bulgarie et opérant en République démocratique du Congo à travers son entité locale, AGEMIRA RDC. Cette société est dirigée par le Français Olivier Bazin, alias « colonel Mario », un homme d’affaires controversé actif depuis une trentaine d’années dans les réseaux franco-africains, notamment en tant que courtier en équipements militaires.
Par ailleurs, les TAI Anka, développés par Turkish Aerospace Industries, sont des drones MALE capables de missions ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance) et d’appui armé. Ils disposent d’une autonomie dépassant 24 à 30 heures — jusqu’à 60 heures pour certaines versions avancées —, d’une liaison directe supérieure à 200 km pouvant atteindre 300 km, ainsi que d’une communication satellitaire (SATCOM) permettant des opérations à longue distance, avec capacité d’emport d’armement et de capteurs avancés.
Ces opérations mobilisent donc des techniciens turcs, algériens et bulgares spécialisés dans le maniement des drones, ainsi que probablement les contractuels paramilitaires d’Erik Prince, agissant en coordination pour déstabiliser les positions rebelles, notamment à Rubaya.
La maîtrise de cette mine, qui générerait mensuellement près d’un million de dollars de revenus pour les rebelles, constitue un enjeu stratégique majeur. Sa perte compromettrait le financement de l’effort de guerre et l’approvisionnement en armes des rebelles et de leurs alliés rwandais. Par ailleurs, la reprise de Rubaya par Kinshasa s’inscrit dans les ambitions économiques du gouvernement congolais auprès de ses partenaires américains.
Conclusion : une dynamique clausewitzienne du conflit
Les développements récents laissent entrevoir, à tout le moins à court terme, un possible enlisement de l’initiative angolaise de dialogue que le président Tshisekedi cherche à éviter à tout prix. Une telle évolution comporte un risque élevé d’accentuation de la polarisation, d’escalade fulgurante et d’intensification du conflit et d’embrasement régional.
Cette dynamique s’inscrit dans une logique décrite par le stratégiste prussien Carl von Clausewitz, pour qui « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Ainsi, l’échec du dialogue ne signifierait pas l’absence de politique, mais plutôt son glissement vers le champ militaire. L’escalade armée deviendrait alors un moyen, voire un alibi, permettant de repousser aux calendes grecques l’initiative angolaise de dialogue, soit comme un levier destiné à remodeler le rapport de forces en prévision de futures négociations qui, à notre sens, demeurent inévitables.
Jean-Jacques Wondo Omanyundu
Analyste des questions de défense et de sécurité

One Comment “Willy Ngoma du M23 tué : la pression militaire comme stratégie de Tshisekedi contre le dialogue ?”
GHOST
says:RUBAYA ET LES USA
L´une des ressources de l´AFC-M23 la plus forte est Rubaya où les minerais critiques pour l´industrie militaire sont exploités. Ce n´est pas un secret que la production de ces minerais est exportée exclusivement vers les USA depuis 2 ans.
LES DRONES CHINOIS ET LA GUERRE ELECTRONIQUE
La Chine exporte aussi ses technologies militaires au Rwanda. Il suffit de faire des recherches pour retrouver des systèmes de guerre électronique et des missiles de fabrication chinoise en service au Rwanda.
Vous retrouverez sans peine la visite de Kagame en Turquie l´an passé. Pays qui équipe aussi l´armée rwandaise. Tandis que la proximité entre Wagner et l´armée rwandaise en RCA rend possible les importations des systèmes électroniques russes au Rwanda.
CESSEZ LE FEU ANGOLAIS
L´Angola perd l´initiative avec l´attaque contre W Ngoma en faveur du Qatar qui semble avoir le back up des USA depuis longtemps. Ce facteur va retarder le dialogue et renforce l´option d´un accord de paix au Qatar avant la tenue de tout dialogue entre toutes les factions congolaises