Joao Lourenço, le président angolais et président sortant de l’UA entend rester présent sur la scène régionale grâce au dialogue intercongolais.
Évariste Ndayishimiye, le président burundais, a pris ce week-end, à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne et siège des institutions africaines, la présidente tournante de l’Union africaine (UA) cédée par son collègue angolais Joao Lourenço.
“C’est une présidence essentiellement honorifique”, explique un diplomate européen, qui ajoute toutefois que “le président de l’UA promeut l’agenda et préside les sommets. Il incarne le continent et il est censé chercher des compromis et mener les médiations dans les crises du continent.”… Un dernier point qui va être particulièrement compliqué pour le Burundais, acteur central depuis de longs mois de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Une position qui isole encore un peu plus le Burundi. Un enfermement géographique (sa frontière est close avec le Rwanda depuis le 11 janvier 2024 et avec la RDC, sous contrôle de la rébellion de l’AFC/M23, depuis le 9 décembre 2025), mais aussi diplomatique, avec des relations très tendues avec l’Ouganda, le Rwanda ou le Kenya.
La présence des militaires burundais au côté des forces armées de la RDC (FARDC) mais aussi des milices wazalendos et des mercenaires étrangers a été signalée à d’innombrables reprises. “Plusieurs milliers de soldats burundais sont portés disparus”, expliquait la semaine dernière un membre d’une organisation de défense des droits de l’homme burundaise, de passage à Bruxelles. “L’armée burundaise ne donne aucun chiffre. Il y a aussi beaucoup de désertions. Les soldats sont envoyés en première ligne sans être payés, parfois sans être nourris et avec un armement souvent rudimentaire”, explique ce dimanche un de ses confrères qui évoque “la dernière initiative” de l’armée burundaise qui vient de lancer un ordre de recensement dans ses camps militaires. “L’armée parle d’une opération de clarification. Il s’agit surtout de connaître le nombre réel de soldats encore disponibles. L’armée burundaise a perdu beaucoup d’hommes ces derniers mois notamment dans la plaine du Rusizi lors des affrontements avec les rebelles congolais de l’AFC/M23. Mais il n’y a pas de vraie comptabilité. Il y a eu aussi des pertes assez conséquentes dans les offensives sur les Moyens et les Hauts Plateaux face aux Banyamulenge (Tutsi congolais du Sud-Kivu, NdlR)”.
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Face à ces offensives, qui seraient soutenues par des drones et des avions de chasse congolais, les responsables de la communauté Banyamulenge ont récemment déposé une plainte devant la cour de justice de l’Afrique de l’Est (EACJ). Leur demande : traduire le Burundi devant les juges de cette cour pour sa responsabilité présumée dans “les exactions, les violences prolongées et le blocus qui ont dévasté la vie des civils des Hauts Plateaux”.
Le Burundi vient de déposer sa réponse face à ces accusations.
Kagame absent, Tshisekedi présent
L’absence du président rwandais Paul Kagame, ce samedi, au siège de l’UA n’est pas passée inaperçue. La présence du président congolais non plus. L’année dernière, pour l’entrée en scène du président angolais, c’était le Congolais qui avait brillé par son absence quelques heures après la chute de Bukavu, la grande ville du Sud-Kivu, le 14 février 2015, alors que le conseil paix et sécurité de l’UA devait se pencher sur la crise dans l’Est. Paul Kagame, lui, était bien présent.
Le baroud d’honneur angolais
Si le président angolais Joao Lourenço a cédé son siège, il ne compte pas quitter le devant de la scène régionale pour autant. L’homme vient de relancer avec la bénédiction de Félix Tshisekedi la piste d’un grand dialogue intercongolais. Les grands acteurs politiques de l’opposition congolaise sont aussi passés plus discrètement s’entretenir avec le président angolais qui rêve d’un succès diplomatique qui pourrait lui ouvrir des perspectives pour son après-présidence. “Il rêve d’un poste à l’Onu pour terminer sa carrière”, nous expliquait un membre de son parti, le MPLA. “L’Union africaine serait une planche de salut mais ce n’est pas son premier choix”.
Encore faut-il qu’il puisse esquisser ce dialogue intercongolais. Félix Tshisekedi est demandeur sous certaines conditions, les opposants politiques, surtout ceux restés à Kinshasa, sont partants. L’équipe Katumbi pourrait en être, les Églises catholiques et protestantes aussi. Joseph Kabila, lui, n’est pas enthousiaste. “Il veut des gestes de Kinshasa, comme la libération des prisonniers politiques”, explique un de ses proches. L’AFC/M23 est, doux euphémisme, encore moins preneur. “On va continuer à se faire balader aux quatre coins du monde par le bon vouloir Tshisekedi ?”, interroge un haut cadre de la rébellion. “On est toujours en négociation au Qatar avec le gouvernement congolais. Luanda, on a déjà essayé. Tshisekedi l’a enterré. Aujourd’hui, il ne se sent plus à l’aise à Doha, du coup, il relance la piste angolaise. ce n’est pas sérieux”.
D’autres responsables de l’AFC/M23 pointent le manque de transparence de Lourenço qui a annoncé un possible cessez-le-feu pour le 18 février. “On n’a discuté de rien avec les Angolais. On l’a appris par les réseaux sociaux. Par contre, nous lui avons écrit à plusieurs reprises. Il sait ce que nous demandons, mais nous n’avons jamais reçu la moindre réponse. Lourenço ne veut pas se replier sur sa scène nationale à dix-huit mois de la fin de son parcours, la faiblesse du pouvoir de Tshisekedi l’intéresse et il veut à tout prix éviter une flambée de violence à Kinshasa synonyme d’une vague de réfugiés congolais chez lui. Tout ceci relève de son intérêt personnel, pas de l’avenir des Congolais.”.
Le jeu de chaise musicale à la tête de l’UA ne rime visiblement pas avec avancée dans le processus de paix en RDC.
