L’Ouganda vote pour les élections législatives et présidentielle. Des scrutins suivis avec attention surtout dans l’est de la RDC, où Kampala combat les rebelles ADF aux côtés de l’armée congolaise.
Présente militairement en RDC depuis plus de deux ans, l’armée ougandaise opère aux côtés des Forces armées congolaises (FARDC) dans la lutte contre les rebelles ADF, un groupe armé originaire d’Ouganda. Toutefois, sur le terrain, les résultats de cette coopération sont jugés mitigés, et de nombreuses interrogations subsistent quant à la véritable nature des relations entre Kinshasa et Kampala.
Officiellement, les deux capitales affichent une coopération sécuritaire assumée. L’opération conjointe menée contre les ADF avait pour objectif de neutraliser un mouvement accusé de multiples attaques contre les civils, aussi bien sur le sol ougandais qu’en République démocratique du Congo. Mais malgré la présence des troupes ougandaises, les violences persistent dans plusieurs territoires du Nord-Kivu et de l’Ituri, alimentant le scepticisme au sein de la population congolaise.

Quels impacts sur la stratégie militaire de Kampala en RDC ?
Dans ce contexte, une question revient régulièrement en RDC : l’élection présidentielle en Ouganda est-elle susceptible d’influencer la stratégie militaire de Kampala à l’est du Congo ? Pour Jean-Jacques Wondo, analyste et expert des questions sécuritaires et militaires, le nord-est congolais restera un enjeu majeur pour le régime ougandais.
« L’Ouganda est dans une vision, une stratégie géoéconomique et sécuritaire de sécuriser non seulement son territoire, mais de profiter aussi de sa présence militaire pour faire de cette zone un prolongement d’une zone économique ougandaise, qui est inondée, aujourd’hui, par des biens et des produits d’origine ougandaise », explique-t-il.
Plusieurs rapports accusent d’ailleurs l’Ouganda, à l’instar du Rwanda, de jouer un rôle ambigu dans l’instabilité persistante de l’est de la RDC. Malgré ces soupçons, Kinshasa a toujours adopté une attitude mesurée à l’égard de Kampala.
Christophe Lutundula, président de la commission des relations extérieures du Sénat et ancien vice-premier ministre en charge des Affaires étrangères, estime qu’il n’y aura pas de « quelconque changement » dans les relations bilatérales à l’issue du scrutin ougandais. Selon lui, la position congolaise a toujours été constante.
« Il y a trop de problèmes sécuritaires à résoudre – il y a un dossier costaud, celui de l’agression rwandaise – pour chercher à allumer d’autres brasiers. Mais il n’en reste pas moins vrai que chaque fois que le président Tshisekedi a eu à parler au président Museveni, ça a toujours été ferme, net et sincère », souligne-t-il.

Les attentes de la société civile
Du côté de la société civile, les attentes sont avant tout pragmatiques. Pour Omar Kavota, vice-président honoraire de la société civile du Nord-Kivu, au-delà des résultats électoraux en Ouganda, les Congolais espèrent surtout une coopération plus transparente, respectueuse de la souveraineté nationale et, surtout, une amélioration tangible de la sécurité des civils.
« Cette population apprécie la présence de l’armée ougandaise aux côtés des FARDC. Il y a quelques mois, lorsque les militaires ougandais envisageaient de se retirer de leur zone, on a vu la population manifester à Butembo, à Beni… », rappelle-t-il.
Pour les habitants de l’est de la RDC, les élections ougandaises dépassent donc le cadre de la politique intérieure de Kampala. Elles sont perçues avant tout comme un test de la volonté réelle de l’Ouganda de contribuer durablement à la stabilité et à la sécurité régionales.
