Jean-Jacques Wondo Omanyundu
DÉFENSE & SÉCURITÉ GLOBALE | 04-01-2020 17:54
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L’assassinat de Qassem Soleimani nous conduit vers une guerre – Armin Arefi

Auteur : Jean-Jacques Wondo Omanyundu
Initialement publié dans  lepoint.fr

EXCLUSIF. Ancien Gardien de la révolution, Hossein Kanani Moghaddam affirme que l’Iran ripostera à l’élimination par Washington d’un général iranien.

Propos recueillis par

Le Moyen-Orient est en émoi. Le général iranien Qassem Soleimani, l’un des militaires les plus puissants de la région, a été abattu jeudi par un drone américain qui a pulvérisé le véhicule dans lequel il se trouvait, en compagnie d’Abou Mahdi al-Mohandes, un chef de milice chiite irakien, aux abords de l’aéroport de Bagdad. Décidée par le président américain Donald Trump en représailles à la mort d’un sous-traitant américain il y a une semaine à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, l’élimination de Qassem Soleimani, chef de la force al-Qods, la branche extérieure des Gardiens de la révolution chargée de la politique régionale et sécuritaire de la République islamique, a été accueillie avec une vive émotion à Téhéran.

Sur Twitter, le Guide suprême de la révolution et véritable chef de l’État iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a promis une « vengeance implacable » contre les « criminels qui ont empli leurs mains de son sang », laissant entendre que la riposte de Téhéran à Washington serait massive. Ancien haut commandant des Gardiens de la révolution durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), aujourd’hui analyste politique des questions relatives au Moyen-Orient, Hossein Kanani Moghaddam explique au Point pourquoi la décision de Donald Trump d’éliminer Qassem Soleimani est, d’après lui, une « erreur stratégique ».

Le Point : L’élimination du général Qassem Soleimani peut-elle dégénérer en conflit ?

-Iran-Qassem-Soleimani-Irak-Trump-États-Unis- © Armin Arefi / Le Point
Hossein Kanani Moghaddam, ancien commandant des Gardiens de la révolution, dans son bureau de Téhéran en 2017.

© Armin Arefi / Le Point

Hossein Kanani Moghaddam : L’assassinat du général Qassem Soleimani nous conduit vers une guerre régionale, peut-être même un conflit international. Nous avons toujours recherché la paix et l’amitié. Mais c’est la folie de Trump qui a provoqué cela et j’en suis très triste. La mort en martyr du général Qassem Soleimani aura beaucoup d’effets. Elle va unir le peuple iranien et renforcer la résistance au Moyen-Orient. Car le général Qassem Soleimani n’appartenait pas qu’à l’Iran, mais à tout l’« axe de la résistance » (le front mis en place par la République islamique contre Israël et les États-Unis, NDLR), de la mer Méditerranée à l’Asie de l’Est. Il y aura une réponse. Et il est même possible qu’il y ait une guerre contre Israël.Quel genre de réponse ?

Trump est un joueur de poker qui dévoile toutes ses cartes. En Iran, nos responsables sont des joueurs d’échecs. Nous lui répondrons en temps voulu, quand nous estimerons cela nécessaire, à l’endroit où nous estimerons cela nécessaire. Aujourd’hui, nous considérons le gouvernement américain comme terroriste. Nous considérons les soldats américains comme terroristes et toutes les bases qui les abritent sont des cibles potentielles pour nous.

 

Que représentait exactement le général Soleimani pour l’Iran ?

C’était le commandant militaire de l’« axe de la résistance ». Sur invitation des gouvernements irakien et syrien, il s’est rendu sur place pour conseiller ces États dans la lutte contre le terrorisme. C’est le général Soleimani qui a lutté contre Daech en Irak et en Syrie (si l’Iran a été en effet l’un des premiers pays à lutter contre l’État islamique en Irak, Téhéran a prétexté en Syrie la lutte contre Daech pour anéantir l’opposition armée à Bachar el-Assad, NDLR). Les Américains en étaient très mécontents, car ils voulaient utiliser les djihadistes contre l’Iran.

Comment expliquez-vous cette décision de Donald Trump alors que ses prédécesseurs Barack Obama et George W. Bush s’étaient abstenus de toute action contre Qassem Soleimani pour éviter une escalade ?

De la même manière que Barack Obama a eu son heure de gloire lorsqu’il a éliminé Oussama Ben Laden, Donald Trump s’en est pris au général Soleimani pour utiliser sa mort à son avantage. Or c’est une erreur stratégique. Il ignore ce qu’est réellement l’Iran. Il ne connaît pas notre Guide suprême. L’ayatollah Khamenei a d’ores et déjà indiqué qu’il ne fuirait pas ses responsabilités et que, si l’Iran est frappé, il frappera dix fois plus fort. Donald Trump doit donc se tenir prêt.

 

Les États-Unis doivent-ils s’attendre à des frappes contre leurs intérêts au Moyen-Orient ou sur leur territoire même ?

Partout. Trump a fait en sorte qu’aucun Américain ne puisse plus venir dans la région en sécurité. Nous considérons tout Américain comme un terroriste, de la même manière que les sionistes (façon dont les dirigeants iraniens nomment les Israéliens, NDLR). Je le répète, il y aura à coup sûr une réponse de l’Iran, mais au bon moment et au bon endroit. Et peut-être par l’intermédiaire de groupes membres de la résistance (les relais de la République islamique dans la région : Hezbollah libanais, Hamas palestinien, milices chiites irakiennes, rebelles houthis yéménites, NDLR).

Dès lors, ne risque-t-on pas une incontrôlable escalade ?

Si les États-Unis réagissent de nouveau, alors nous entrerons dans une partie de ping-pong, qui aboutira finalement à un conflit direct entre nos deux pays.

 

L’élimination de Qassem Soleimani enterre-t-elle toute possibilité de négociation avec les États-Unis sur le nucléaire ?

S’il y avait une chance infime de négocier avec les États-Unis, cette fenêtre s’est refermée aujourd’hui avec cet assassinat.

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One Comment “L’assassinat de Qassem Soleimani nous conduit vers une guerre – Armin Arefi”

  • GHOST

    says:

    LIBAN..
    Au Liban, l´Iran a fait du Hezbolah une force politique et militaire incontournable.. Et quand l´Iran tente de refaire la même chose en Irak, pays qui a signé un accord de « partenariat » avec l´OTAN/USA, Trump ne pouvait que donner un message explicite aux dirigeants iraniens: L´Irak ne sera pas le Liban.
    La présence du général Soleimani était un test militaire et une offensive tactique suicidaire. Voyager en Irak, ce pays qui est sous la « protection » des USA et dont la présence militaire US est si visible était un acte de « bravure suicidaire ».
    Si le général Soleimani croyait qu´il suffit d´attaquer l´ambassade des USA pour faire de l´Irak un autre Liban ou la Syrie, sa mort est un message militaire explicite.

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