Deux ans, jour pour jour. Le 19 mars 2024, le journaliste congolais, Stanys Bujakera Tshiamala retrouvait la liberté après près de 7 mois passés derrière les murs de la prison centrale de Makala. Une détention qu’il qualifie aujourd’hui encore d’arbitraire, fondée sur des accusations forgées de toutes pièces.
Mais au-delà du récit personnel, c’est un diagnostic sévère de l’état de la liberté de la presse en République démocratique du Congo qu’il livre, deux ans après cette épreuve. Car pour lui, le temps n’a pas apaisé les dérives. Bien au contraire. Dans son témoignage empreint de lucidité, Stanys Bujakera décrit un climat où l’exercice du journalisme tend à être redéfini, non plus comme une quête de vérité, mais comme un alignement attendu.
« On n’attend plus du journaliste qu’il informe, mais qu’il s’aligne », résume-t-il en substance. Une phrase qui traduit une mutation inquiétante du rôle des médias dans un environnement où la pression politique, les intimidations et les menaces deviennent des instruments de régulation informelle.
Face à cette triste réalité, le journaliste oppose une ligne de résistance : celle d’un journalisme ancré dans les faits. Une posture qui, loin d’être abstraite, prend racine dans une expérience vécue au plus près de l’arbitraire. Car l’épreuve de Makala n’est pas seulement une parenthèse dans un parcours professionnel, elle devient, dans son récit, le symbole d’un système où informer peut coûter la liberté. Et même la vie.
Dans son message sobre mais poignant, l’ex-detenu adresse une pensée à ces journalistes tués, arrêtés ou emprisonnés pour avoir exercé leur métier. Une évocation qui aligne son témoignage dans une réalité plus large, celle d’une profession exposée, parfois au prix ultime, pour avoir choisi de servir la seule cause qui vaille : l’information au service du peuple.
Derrière ces mots, c’est toute la fragilité du métier de journaliste en RDC qui affleure. Mais le propos de Stanys Bujakera ne s’arrête pas à la presse. Il s’élargit à la question carcérale, avec une dénonciation des conditions de détention à Makala. Deux ans après sa libération, écrit-il, la prison demeure « engorgée bien au-delà de sa capacité ». Une surpopulation chronique qui transforme les lieux en espaces de survie, où la dignité humaine est mise à rude épreuve.
Plus alarmant encore, il souligne le sort de ces détenus sans jugement, enfermés pendant des mois, parfois des années, dans l’attente d’une justice qui tarde à se manifester. Cette attente interminable, presque suspendue dans le temps, interroge sur le fonctionnement même de l’appareil judiciaire et sur la place qu’y occupe le citoyen ordinaire.
Ainsi, son témoignage opère un glissement : du récit individuel vers une critique systémique. La prison devient le miroir d’une justice défaillante. Pour autant, le texte ne cède ni au désespoir ni à la résignation. Il s’achève sur une note de reconnaissance, adressée à celles et ceux qui lui ont témoigné leur solidarité durant sa détention. Une solidarité qu’il érige en moteur d’engagement. « C’est cette solidarité qui oblige », écrit-il, comme pour rappeler que le journalisme, au-delà des risques, reste une responsabilité collective.
Dans cette articulation, le confrère Bujakira livre bien plus qu’un simple témoignage, c’est une mise en garde. Celle d’un pays où la liberté de la presse, loin d’être acquise, demeure un combat quotidien. Et où, malgré les pressions, certains continuent de croire et de démontrer que le journalisme ne saurait capituler.
