La justice internationale ne dort jamais. Ceux qui se souviennent de l’ex-colonel Sébastien Nzapali, « Le Roi des bêtes », autrefois considéré comme intouchable sous Mobutu, savent que la justice finit toujours par rattraper les tortionnaires du passé. Il en est de même pour Roger Lumbala, condamné le 16 décembre 2025 à trente ans de prison pour complicité de crimes contre l’humanité par la cour d’assises de Paris.
Ce procès historique s’est tenu en France en vertu du principe de la compétence universelle. Les faits pour lesquels il a été reconnu coupable remontent à la Seconde Guerre du Congo (2002-2003), dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Un autre sbire de l’ancien régime de Mobutu, l’ex-colonel Sébastien Nzapali, dit « le Roi des bêtes », aujourd’hui décédé, a lui aussi été rattrapé par la justice internationale. Nzapali, ancien chef de la Garde civile de Mobutu, pensait pouvoir échapper à toute poursuite. Mais son passé sombre l’a rattrapé. Il était accusé de torture et de viols commis dans les années 1990 dans l’ex-Zaïre.
Il a été poursuivi en vertu de la Convention des Nations unies contre la torture de 1984, qui confère aux États une compétence universelle pour ce type de crimes. Arrêté à Rotterdam, aux Pays-Bas, en septembre 2003, à la suite d’une enquête des autorités néerlandaises[1] alors qu’il sollicitait le statut de réfugié politique pour lui, son épouse et deux de ses enfants, sa demande fut rejetée et il fut immédiatement interpellé.

Le colonel Nzapali avait dirigé la Garde civile à Matadi et avait également été l’un des cadres de la Division spéciale présidentielle (DSP), la garde prétorienne de l’ancien président Mobutu. Il fut jugé et condamné aux Pays-Bas en 2004 à deux ans et demi de prison pour actes de torture, en application de la loi néerlandaise sur la compétence universelle[2].
Je rappelle à tous ceux qui se croient intouchables aujourd’hui que le droit international s’étend bien au-delà des frontières congolaises. Aucun tortionnaire, aucun falsificateur de justice, aucun bourreau moderne ne restera éternellement à l’abri.
Cela doit servir de signal clair aux tortionnaires d’aujourd’hui, tapis au sein des services de la coordination de la sécurité intérieure du pays, du Conseil national de sécurité (CNS), des renseignements militaires (ex-DEMIAP), de l’Agence nationale de renseignements (ANR), et surtout du Conseil national de cyberdéfense (CNC).
Aujourd’hui, en RDC, le Conseil national de cyberdéfense (CNC), dirigé par le Canadien Jean-Claude Bukasa est devenu le visage répressif du régime de Tshisekedi, agissant en dehors de toute légalité et enfermant des personnes dans des conditions inhumaines et dégradantes dans des cachots secrets, au mépris le plus total des droits humains. Il ne se passe pas un jour sans que ce service de police politique numérique ne se distingue par des arrestations extrajudiciaires, des actes de torture et des traitements cruels, inhumains et dégradants, en particulier à l’encontre des opposants et des citoyens critiques du régime.
Dans un communiqué du 12 janvier 2025, l’organisation de promotion et de protection des droits de l’homme L’organisation de promotion et de protection des droits de l’homme Justicia Asbl accuse le Conseil national de cyberdéfense (CNC) de « graves dérives » et de « multiples violations des droits humains ». Justicia Asbl affirme que ce service rattaché à la présidence de la République serait responsable de l’enlèvement de plus de 10 000 personnes, dont certaines « seraient détenues dans des maisons résidentielles, d’autres dans des chambres d’hôtel ».
A titre d’illustration, le jeune activiste des droits humains, Nathanaël Onokomba, a été interpellé à Kinshasa, le 5 janvier 2026, à l’issue d’une conférence qu’i a organisée. Selon son entourage, l’opération aurait été menée par des hommes armés se présentant comme des agents du Conseil national de cyberdéfense. Or cet organe n’a aucune compétence militaire ni de police judiciaire. Aux dernières nouvelles et à la suite des pressions médiatiques, on apprend qu’il a été transféré ce 13 janvier 2026 à la prison de Ndolo.
La justice internationale ne pardonne pas. Si, par le passé, nous avons pu obtenir des sanctions ciblées contre de puissants généraux et dignitaires des anciens régimes, y compris aux États-Unis et au Canada, ce ne sont certainement pas les nouveaux tortionnaires belges, français, canadiens,… d’origine congolaise qui échapperont, le moment venu, à la rigueur du droit international.

Jean-Jacques Wondo Omanyundu
Références
[1] La loi néerlandaise de compétence universelle, adoptée en 2003, permet de juger des criminels internationaux, même étrangers, responsables de crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide, à condition qu’ils aient un lien avec les Pays-Bas — ici, l’arrestation de Nzapali sur le territoire néerlandais. Ce procès s’inscrit dans une série plus large de poursuites intentées par l’Équipe Crimes Internationaux de Rotterdam, visant notamment des personnes liées à des régimes étrangers — certains jugés en lien avec le Rwanda, l’Afghanistan ou encore les trafics de guerre libériens.
[2] https://www.lalibre.be/international/2004/04/08/un-ex-officier-zairois-condamne-pour-torture-NOAE2OCFBRHDBCWLZ5PVTKEZI4/.
